Le rêve du renard

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mercredi 25 novembre 2015

Le Grand Livre des gnomes - Terry Pratchett

grand_livre_gnomes.jpgLorsque Masklinn, seul chasseur d'une tribu de gnomes, pénètre dans le grand magasin Arnold Frères, quelle n'est pas sa surprise de découvrir que ses rayonnages abritent des centaines de ses congénères, invisibles au regard des hommes ! Un vent de panique l'accompagne car, pour les résidents, le "dehors" n'existe pas. De plus l'intrus est venu avec le Truc, un objet doué de parole qui prétend connaître l'origine du petit peuple. Pire, il leur révèle que le magasin est sur le point d'être détruit ! Il n'y a dès lors plus qu'une solution : l'exode. Tâche titanesque pour des êtres de dix centimètres de haut, dont Masklinn est devenu le prophète involontaire... (Résumé de l'éditeur)

Petite incursion en dehors des Annales du Disque-Monde avec cette série de trois romans, lus ici sous forme d'intégrale : Les Camionneurs, Les Terrassiers, Les Aéronautes. Si l'humour, marque de fabrique de Terry Pratchett, est ici moins décapant, il est néanmoins présent d'une façon complètement loufoque et décalée, qui risque de perturber ses lecteurs habituels... Il faut dire que rencontrer une tribu de gnomes installés dans un grand magasin, prenant son créateur, Arnold Frères (fond. 1905) pour un dieu, et les affiches des promotions pour des commandements (Prix Sacrifiés, Bonnes Affaires, Fêtons Noël), est plutôt dépaysant. On se retrouve à remettre en question ce qu'ils appellent avec crainte le Dehors, avec sa lumière allumée la nuit, sa moquette qui bouge, et sa nourriture qui n'est plus emballée... On en perd ses repères de pauvre humain !

Le roman est donc foisonnant de quiproquos, contre-sens et autres bêtises à la Pratchett. Comme, par exemple :

Tout le monde sait bien que les femmes ne peuvent pas lire, répondit Gurder. Ce n'est pas de leur faute bien entendu. Il semble que ça leur échauffe le cerveau. L'effort, vous comprenez. C'est comme ça, voilà tout.

La Science explique ce qui se passe tout le temps autour de nous. La religion aussi, mais la science marche mieux, parce qu'elle trouve des excuses plus crédibles quand elle se trompe.

- C'est quoi un globe-trotter ? demanda Masklinn.
- Eh bien, un globe, c'est une boule et trotter, c'est courir au ralenti, répondit Grimma. Donc, c'est quelqu'un qui court au ralenti sur une boule. Un globe-trotter.

L'inventivité de l'auteur ne va pas sans quelques longueurs dans l'histoire. Un monde nouveau, immense, terrifiant et sans plafond, s'offre à ces petits gnomes. Et butés, attachés à leur petit confort, l'expédition visant à partir du Grand Magasin, puis enfin de retrouver leur monde d'origine, n'est pas de tout repos. Certains passages peuvent donc lasser, mais sont en fait vite rattrapés par une situation cocasse qui nous remet sur les rails. Et puis, Pratchett se débrouille toujours pour nous faire réfléchir sur des sujets qu'on aurait pas pensé trouver dans son roman : la religion, le féminisme, l'éducation, ou l'utilité des soldes pour savoir à quelle période de l'année on se trouve.

Un roman à l'humour un peu différent donc, mais qui ne manquera pas de vous charmer si vous vous laissez amadouer par ces gnomes à l'esprit et au vocabulaire tortueux !

dimanche 15 novembre 2015

La passe-miroir, 2 : Les disparus du Clairdelune - Christelle Dabos

passe-miroir-2.jpgFraîchement promue vice-conteuse, Ophélie découvre à ses dépens les haines et les complots qui couvent sous les plafonds dorés de la Citacielle. Dans cette situation toujours plus périlleuse, peut-elle seulement compter sur Thorn, son énigmatique fiancé ? Et que signifient les mystérieuses disparitions de personnalités influentes à la cour ? Sont-elles liées aux secrets qui entourent l’esprit de famille Farouk et son Livre ? Ophélie se retrouve impliquée malgré elle dans une enquête qui l’entraînera au-delà des illusions du Pôle, au cœur d’une redoutable vérité. (Résumé de l'éditeur)

Je l'attendais avec impatience, et il est enfin arrivé ce deuxième tome de la Passe-miroir ! J'avais adoré découvrir l'écriture très soignée et descriptive de Christelle Dabos dans son premier roman, et j'en garde des souvenirs d'un imaginaire merveilleux et complexe. Malgré ma lecture un peu lointaine des Fiancés de l'hiver, j'ai abordé ma lecture avec beaucoup de plaisir (et sans trop de trous de mémoire), qui ne s'est pas démenti tout au long de ces longues et addictives 560 pages. Et maintenant, le spectre du troisième tome me hante, et la longue attente pour l'avoir entre les mains me désespère ! (et cette série devrait compter 4 tomes selon l'auteure...)

Nous retrouvons donc Ophélie, empêtrée jusqu'au cou dans les ennuis. Elle semble les attirer comme un aimant dans ce monde de faux-semblants. On entre dans le coeur de l'action dés les premières pages, puisqu'Ophélie se retrouve propulsée au poste de vice-conteuse, puis liée à l'enquête autour des mystérieuses disparitions au Clairdelune. On va de surprise en révélation, de piège en manipulation. Considérée par tous comme une rivale, avec son fiancé plus haï que jamais, et Farouk qui semble lui porter un intêret trop prononcé pour sa propre sécurité... Ophélie est bien souvent en danger. L'imprévisibilité est au rendez-vous en tout cas ! L'intrigue se densifie et ouvre de nouvelles portes, sur d'autres arches notamment. Ophélie prend davantage d'assurance dans ce second tome, et cela s'en ressent dans sa relation avec les autres personnages. Avec Thorn en particulier, qui voit sa personnalité d'iceberg fondre un petit peu.... Je n'en dirai pas plus sur ce sujet, mais nous ne sommes pas au bout de nos peines !

J'avais émis quelques bémols après ma lecture du premier tome. Si l'auteure semble avoir trouvé son style, quelques longueurs sont toujours présentes. Rien de bien méchant, puisqu'elles permettent de retarder l'inévitable, à savoir la fin du livre. Mais la trame de l'histoire s'en trouve ici un brin ralentie parfois, comme pour la visite au Pôle de la famille d'Ophélie, qui joue un rôle bien secondaire. On se rend compte qu'en fait l'auteure élargit la trame de son histoire, ouvrant notamment le débat sur l'identité des Esprits de famille et de Dieu avec beaucoup de force. La famille, la filiation, l'héritage, sont également des sujets abordés du côté sombre...

Christelle Dabos nous émerveille avec son univers très personnel. Elle le fait vivre avec beaucoup de charme et de magie, notamment grâce à cette ambiance Belle Epoque qui colle parfaitement à la flamboyance de la Citacielle. Les personnages sont toujours aussi attachants, ou effrayants (mention spéciale à Farouk et au Chevalier !), ce qui explique qu'on s'émeuve ou qu'on frissonne tour à tour. Ce roman est une nouvelle réussite, qui m'a définitivement conquise !

lundi 26 octobre 2015

Mortimer - Terry Pratchett

mortimer.jpgMorty traverse les champs en courant ; il mouline des bras et s’égosille comme un beau diable. Non. Même ça, même effrayer les oiseaux pillards, il n’est pas fichu de s’en tirer proprement. Son père, au désespoir, l’observe depuis le muret de pierres.
« Il manque pas de cœur, fait-il à l’oncle Hamesh.
— Ah, dame, c’est le reste qu’il a pas. »
Et pourtant un destin hors du commun attend Mortimer. Car à la foire à l’embauche, LA MORT l’emporte sur son cheval Bigadin. Il faut dire que LA MORT a décidé de faire la vie ; et l’assistance d’un commis dans son labeur quotidien lui permettrait des loisirs. Mais... Est-ce bien raisonnable ?
Avec, comme toujours, un scénario qui décoiffe, une distribution prestigieuse et, peut-être, peut-être, une exceptionnelle apparition de l’illustre Rincevent. (Résumé de l'éditeur)

Je m'étais promis de continuer ma lecture des Annales du Disque-Monde avec un roman sur la Mort, et c'est donc chose faite, avec tout plein de MAJUSCULES à la clé ! Enfin, il n'est pas centré que sur ce personnage osseux en robe noire et voix caverneuse, mais surtout sur Mortimer (ou plutôt Morty). Ce jeune homme dégingandé se retrouve il ne sait pas trop comment, apprenti de la Mort, et lui vole donc un peu la vedette dans l'histoire. Car il faut dire que la Mort s'ennuie, et s'intéresse aux affaires humaines d'un peu trop près pour sa santé mentale. Il (la Mort est de genre masculin, je vous le rappelle) confie donc les âmes sur le point de mourir à Morty, pendant que lui-même s'adonne à l'étude des sentiments et autres loisirs typiquement humains : faire la fête, boire tous les alcools possibles et imaginables, faire la cuisine, aller à la pêche, et copiner avec des chats... Sauf que remplacer la Mort dans son boulot, quand on est bien vivant, et avec la conscience professionnelle que ça implique, ça ne donne pas forcément de bons résultats !

On peut dire que ce volume des Annales est vraiment un bon condensé de Terry Pratchett. Tout y est : des personnages hauts en couleur et sympathiques, des discussions philosophiques sur la vie, la mort et la place de chacun dans l'univers, des histoires d'amour contrariées, un singe bibliothécaire et des robes de mages à paillettes. La Mort est un personnage complexe, que l'auteur révèle avec beaucoup d'humour. Pas si impitoyable et sans coeur qu'on pourrait le croire... Il a même une fille ! Je me suis vraiment amusée pendant ses expérimentations humaines (ah, c'est donc ça s'amuser?), et avec les efforts désespérés de Morty pour réparer ses bêtises avec une réalité contrariée.

Un récit loufoque donc, ponctué de calembours tous plus inventifs les uns que les autres, mais non dénué de réflexions très sérieuses.

Les savants ont calculé que les chances d'exister d'un phénomène aussi manifestement absurde sont de une sur un million. Mais les magiciens, eux, ont calculé que les chances uniques sur un million se réalisent neuf fois sur dix.

mercredi 21 octobre 2015

La Musique du Silence - Patrick Rothfuss

musique_du_silence.jpgSi vous avez lu les précédents romans de Patrick Rothfuss, Le nom du vent et La peur du sage (partie 1 et partie 2), vous connaissez sûrement le personnage d'Auri. Cette dernière est un des personnages secondaires les plus marquants et intrigants de l'univers de l'auteur. On l'a pourtant peu croisée, ses rencontres avec Kvothe, le personnage principal, étant brèves. Mais son passé est un des grands mystères de l'univers de Rothfuss.

Le roman, ou plutôt la novella, est difficile à expliquer. L'histoire se déroule sur 7 jours, un délai au bout duquel on sait qu'Auri recevra la visite de Kvothe (dont on ne verra pas le bout du nez). Elle lui cherche un cadeau, et l'on suit donc son quotidien au fil de ces quelques journées dans les sous-sols de l'Université, ou Sous-monde. Et quand on parle de vie de tous les jours... Ce n'est pas une vie normale comme on l'entend que mène Auri. Sa façon d'appréhender le monde et les objets teinte les mots du récit, les imprégnant d'une atmosphère étrange, presque magique. Pour Auri, les objets ou les lieux ont une âme, une volonté. Ses actes ont une portée positive ou négatives sur eux, et son rôle, en tout cas celui dont elle se sent investie, et de trouver leur juste place. Les objets sont toutes sa vie, et leurs traits de caractère influencent son quotidien.

Dit comme cela, cela paraît juste étrange. Mais pour le lecteur, qui se met à sa place dans ce récit à la 3ème personne, cela semble presque naturel. Et pourtant, le malaise plane. Les réactions d'Auri sont imprévisibles, ses pensés chaotiques. Est-elle tout simplement folle? Et pourtant, une poésie, des émotions fortes accompagnent cette lecture, où il ne se passe pourtant pas grand chose. Je suis un peu déçue de ne pas être avancée davantage sur le passé d'Auri, malgré cette belle balade dans le labyrinthe des souterrains sombres de l'Université...

Patrick Rothfuss prend le temps de quelques pages à la fin de son histoire, pour nous en expliquer la genèse. Il est bien conscient que son originalité, et sa différence avec la prose qu'on lui connaît habituellement, ne plaira pas à tout les lecteurs. Et je comprend que ce texte singulier ait pu ne pas plaire aux lecteurs habituels des romans. Oui, ce texte est bizarre, mais il est aussi très beau. C'est un tour de force de la part de l'auteur d'avoir si bien su investir l'essence de son personnage. Et Patrick Rothfuss, égal à lui-même, continue de cultiver le mystère de son univers au passage... Un fléau récurrent avec cet homme-là !! ^_^

vendredi 9 octobre 2015

Royaume de vent et de colères - Jean-Laurent Del Socorro

royaumz_vent_coleres.jpg1596. Deux ans avant l'édit de Nantes qui met fin aux guerres de Religion, Marseille la catholique s'oppose à Henri IV, l'ancien protestant. Une rébellion, une indépendance que ne peut tolérer le roi. À La Roue de Fortune se croisent des passés que l'on cherche à fuir et des avenirs incertains : un chevalier usé et reconverti, une vieille femme qui dirige la guilde des assassins, un couple de magiciens amoureux et en fuite, et la patronne, ancienne mercenaire qui s'essaie à un métier sans arme. Les pions sont en place. Le mistral se lève. La pièce peut commencer. (Résumé de l'éditeur)

Les nombreux commentaires élogieux et le Prix Elbakin 2015 du meilleur roman fantasy français, m'ont décidée que pour une fois, je pouvais lire un livre dont tout le monde parle. Et si en plus c'est un premier roman, publié aux éditions ActuSF, il n'y plus qu'à y aller sans réfléchir !

Direction Marseille, en pleines guerres de Religion. Le royaume de France est déchiré entre protestants, dont faisait partie Henri IV avant de se convertir, et catholiques. La cité phocéenne cristallise ces tensions, tenant tête au roi, qui décide d'avancer avec son armée mater cette rébellion. Je connaissais peu ce pan de l'histoire de France, et je suis donc ravie de combler cette lacune. La touche de fantasy apportée par l'auteur, met en valeur ce contexte en nous contant les histoires de ses personnages.

Dés les premières pages, nous sommes plongés dans la tumultueuse vie marseillaise. Tour à tour, nous rencontrons les personnages de cette histoire polyphonique, tous pris dans le tourbillon du destin. La première partie du roman nous les présente rapidement, avec leurs préoccupations les plus urgentes : échapper à l'armée du roi, tuer le consul marseillais, vivre avec la honte et ses souvenirs,... Puis rapidement, la seconde partie revient sur leur passé, nourrissant par leur histoire personnelle la trame de l'histoire, dont les fils se rejoignent. Et enfin, la troisième partie clôt l'intrigue, apothéose des tensions, de la colère ou de l'angoisse.

L'histoire se déroule sur quelques jours à peine (en ne comptant pas les flash-back bien sûr), ce qui donne un récit très dynamique et prenant. Je regrette la préface d’Ugo Bellagamba, vraiment dithyrambique pour le coup. Cela donne des attentes au lecteur, qui même si je ne suis pas déçue par cette histoire, me paraissent un peu exagérées. Le talent de l'auteur pour brosser en quelques pages de personnages forts et crédibles, en particulier les femmes, est assurément remarquable, mais je ne peux pas m'empêcher de regretter la brièveté du livre. Car il y a de très bonnes idées, entre réalité et imaginaire, sans en faire trop. On avait peut-être envie d'en lire plus au final, et de rester plus longtemps avec les personnages?

C'est très prometteur pour la suite de la carrière de cet auteur, résolument à suivre. J'ai été tenue en haleine pendant ces quelques heures de lecture, par une force tragique qui n'épargne pas les personnages, ni le lecteur. Le chapitre bonus à la fin, très émouvant, et sans doute celui que j'ai le plus apprécié, finissant ce livre sur une note d'espoir.

mardi 29 septembre 2015

La Cité Mirage - Marion Zimmer Bradley

cite-mirage.jpgTrès loin, sur l'horizon, dans les rougeurs du soir, les gens de Ténébreuse peuvent contempler, à travers les brumes diaphanes, les hauteurs colossales des Heller, qui font le tour de l'univers connu. Un jour, au cours d'une reconnaissance aérienne, une Terrienne y aperçoit une ville qui n'est pas marquée sur les cartes. Aussitôt après, elle se crashe et se retrouve, amnésique, à Thendara. Grâce à Magda Lorne et à Jaelle sa soeur d'armes, elle retrouve la mémoire et repart pour les Heller à la recherche de la cité perdue dans les neiges éternelles. Un impossible voyage en haut du monde où quelques Amazones bravent les éléments pour trouver la sagesse auprès des soeurs de la Noire Sororité. Plusieurs trouveront la mort au bout de la route ; d'autres, épuisées, choisiront de revenir à Thendara ; d'autres enfin auront la force de continuer leur quête... mais trouveront-elles jamais la Cité Mirage ? (Résumé de l'éditeur)

Dernier tome de la trilogie des Amazones libres, après la Chaîne brisée et la Maison des amazones. Se déroulant quelques années après le volume précédent, nous retrouvons nos personnages principaux Jaëlle et Magda. Chacune est devenue mère, et elles travaillent désormais avec Damon Ridenow à la Tour interdite. Elles semblent avoir trouvé un certain équilibre ; Jaëlle ayant renoué avec le caractère affirmé qu'on lui connaissait. En rupture avec le début de la trilogie, l'action s'invite dans l'histoire, avec une expédition périlleuse dans une chaîne de montagnes. L'occasion toujours d'aborder les émotions et l'évolution psychologique des personnages face aux épreuves traversées ensemble, mais surtout d'ajouter intrigue et suspense.

Marion Zimmer Bradley met donc momentanément de côté la défense de la condition féminine, même si elle n'est bien sûr jamais loin. Véritable quête, à la fois matérielle et humaine, l'histoire du roman renoue avec la fantasy classique. Rien de bien original donc au menu, les personnages devant aller au bout de leurs limites, et trouver en elles le but de leur vie. En soi, c'est potentiellement intéressant. Mais l'auteure a couplé cette quête spirituelle à un combat contre une sororité secrète et une sororité noire. L'intrigue prend donc des côtés ésotériques un peu tirés par les cheveux. Si on rajoutte à cela que je n'ai ressenti d'empathie particulière envers les personnages (qu'on a pourtant appris à bien connaître depuis 2 tomes !), le tout a été un peu laborieux à lire.

Marion Zimmer Bradley continue de nous distiller des informations sur l'évolution des relations entre terriens et ténébrans, fil conducteur vraiment intéressant. Dommage que je me sois ennuyée pendant cette lecture, plus épique et tragique sur le plan de l'intrigue, mais avec des détails trop agaçants pour les oublier... Allez, fin de mes lectures de Ténébreuse pour cette année, à l'été prochain !

mardi 15 septembre 2015

La Maison des Amazones - Marion Zimmer Bradley

maison-des-amazones.jpeg Magda Lorne, une Terrienne née sur Ténébreuse, est devenue agent de l'Empire. Au cours d'une mission, elle revêt l'uniforme des Amazones Libres. Découverte, elle doit, selon la coutume, prêter le serment des Amazones ; et, curieusement, elle s'estime liée par cette promesse arrachée par la contrainte. Elle part à la Maison de Thendara pour accomplir le stage rituel. Elle y rencontre Jaelle, l'enfant des Villes Sèches, libérée de ses chaînes par les Amazones et devenue Amazone à son tour. Jaelle aussi vient de changer de vie : épousant un Terrien, elle va vivre et travailler dans la Zone Terrienne. Les deux femmes ont un seul et même problème : devenir autres en un autre pays (Résumé de l'éditeur)

Second tome du cycle des Amazones libres, La Maison des Amazones nous fait renouer avec les personnages de Magda (alias Margali, son nom sur Ténébreuse) la terrienne, et Jaelle, l'Amazone libre. Dans la continuité de La chaîne brisée, Marion Zimmer Bradley met encore l'action de côté dans ce roman, pour plonger profondément dans la psychologie des deux personnages principaux. Car il est question ici de choc culturel, de tout ce qu'il remet en question dans la vie de Magda et Jaelle, entre sentiment d'appartenance à une communauté et aliénation. La condition féminine est toujours aussi présente, puisque Marion Zimmer Bradley pointe ici les différences de traitement de la femme dans les cultures terriennes et ténébranes, et aborde même de façon plutôt moderne l'homosexualité féminine.

Même si je ne m'identifie pas forcément à l'une ou à l'autre des protagonistes, je me suis néanmoins intéressée à leurs états d'âme et leurs doutes. Ils sont pour une fois abordés finement et sans trop de lourdeur. Si d'un côté Margali apprend de ses erreurs et s’intègre à la communauté des Amazones avec ses règles très arrêtées, Jaelle est plus passive. Le lecteur assiste, frustré, à sa vie à la terrienne très déshumanisée et à sa vie de couple catastrophique avec un Peter qu'on aimait déjà pas beaucoup... La Jaelle guerrière et libre que l'on connaissait s'embourbe dans les difficultés, et c'est grâce à la persévérance de Margali que les choses vont pouvoir évoluer. Au niveau de l'histoire, j'ai bien fait quand même de lire L'épée enchantée et La tour interdite avant, en suivant l'ordre chronologique de la série, et non de parution. Les personnages d'Andrew Carr, de Damon Ridenow, de Callista et d'Elemir peuvent arriver comme des cheveux sur la soupe pour les non-avertis...

Ce tome est vraiment divertissant, moins frustrant que d'autres sur le plan de l'histoire et des personnages. Un bémol toutefois sur la fin, trop rapide et embrouillée, et un épilogue pour le moins énigmatique... Une bonne lecture détente, avant d'entamer le dernier tome du cycle.

samedi 15 août 2015

La tour interdite - Marion Zimmer Bradley

tour-interdite.jpgEllemir et Callista, les sœurs jumelles, épousent les deux vainqueurs des hommes-chats : Damon et le terrien Andrew. C'est l'heureuse conclusion d'une aventure et le début d'une double malédiction : l'union consanguine d'Ellemir et de Damon est menacée de stérilité ; Calista, destinée à devenir Gardienne de la tour d'Arilinn, a été si bien conditionnée qu'Andrew ne peut pas l'approcher. Tous quatre sont télépathes, ce qui devrait faciliter leur entraide. Mais la règle est très stricte : on n'utilise pas les pouvoirs psi pour changer le destin, sauf dans les tours. Alors pourquoi ne pas défier la coutume et bâtir sa propre Tour? (Résumé de l'éditeur)

Dans la suite directe de L'épée enchantée, on retrouve nos quatre personnages principaux. Andrew le terrien, Damon et les jumelles Callista et Ellemir sont à présent mariés. La vie conjugale se révèle plus compliquée que prévu pour l'ancienne Gardienne, qui, complètement conditionnée par son travail à la Tour, est rétive à tout contact physique. Incapable de consommer son mariage avec Andrew, Callista désemparée, le pousse dans les bras de sa soeur, Ellemir, pour compenser sa frustration. Damon, pour qui la chose est communément admise sur Ténébreuse, y voit un façon de concevoir des enfants avec sa femme, sans les problèmes de consanguinité. Sans compter qu'ils sont tous les quatre télépathes, et qu'ils peuvent partager en esprit toutes leurs expériences physiques, faisant ainsi tomber barrières et tabous entre eux, et les liant plus sûrement comme un quatuor amoureux que comme deux couples séparés...

J'ai été plutôt perplexe par ce ménage à quatre que nous présente Marion Zimmer Bradley. Si d'un côté les potentialités induites par la télépathie induit ce genre de relation, comme on les voit dans les cercles des Tours, ici cela m'a tout de même gênée. L'auteure disserte sur la relation atypique entre ses personnages pendant des centaines de pages, entre désirs physiques contrariés et tabous intériorisés. C'est très long, et les redites s'accumulent. On nage en plein psychodrame, et il faut attendre les 50 dernières pages pour que les quelques éléments d'action qui parsèment le roman mènent à une véritable avancée dans l'histoire. Car la fin du roman est véritablement intéressante, et changera pour toujours la face de Ténébreuse, des Tours et de l'usage des pouvoirs psi.

Le déséquilibre entre romance et action se fait cruellement sentir, dans ce long roman de 500 pages. Mon côté fleur bleue ne s'est pas vraiment enthousiasmé à la lecture de ces amours contrariées, et même plus, le choix de prendre des jumelles comme personnages principaux pour ce quatuor relève pour moi davantage d'un fantasme bizarre que d'une belle romance. Je suis par contre vraiment impatiente de voir ce que a donner cette révolte contre la tradition établie des Tours, permettant à chaque personne douée du laran de s'en servir en dehors du cadre très réglementé et consanguin des Tours. Un roman en demi-teinte pour moi, même s'il est plus réussi que le précédent. Mais l'auteure a bien failli me perdre en chemin...

mardi 11 août 2015

L'épée enchantée - Marion Zimmer Bradley

epee_enhantee.jpgAndrew Carr rêvait de trouver un monde où quelqu'un l'attendrait. C'est sur Ténébreuse qu'il entend l'appel, qu'il voit l'image de cette fille aux cheveux de feu : Callista. Elle-même est enfermée dans un lieu obscur. Où ? Elle n'en sait rien. Elle a lancé l'appel, et c'est Andrew qui l'a reçu. Leurs esprits s'unissent dans un déferlement d'intime tendresse. Alors il part en quête de la prisonnière - infiniment lointaine, infiniment proche de lui. Un jour, il retrouve ses parents : ils la cherchent à tous les niveaux de réalité, impuissants à rentrer en contact avec son esprit malgré leurs pouvoirs psi. Surpris qu'un Terrien ait reçu son appel, ils choisissent de lui faire confiance. Ensemble, ils affronteront l'invasion des cruels hommes-chats, experts à lacérer les âmes. Mais qui trouvera l'abîme où est plongée Callista la très belle ? (Résumé de l'éditeur)

Les livres de la romance de Ténébreuse se suivent et ne se ressemblent pas. Dans ce premier tome de diptyque, si les premiers chapitres laissent penser qu'un rapprochement entre un terrien et des ténébrans augure une histoire travaillée, il n'en est en fait rien. Les pensées des personnages se succèdent : le terrien naufragé, la belle jeune fille prisonnière, la soeur jumelle désemparée et vulnérable, le cousin sensible et peu sûr de lui... et ne révèlent pas une grande profondeur psychologique. C'est même parfois carrément caricatural. Les histoires d'amour qui vont unir les deux couples de personnages sont aussi mièvres qu'elles sont rapides... Et pourtant, je n'ai rien contre les romances ! Mais tomber amoureux en deux pages, et décider de se marier à la suivante, c'est tout de même trop gros.

Si la psychologie des personnages n'est pas ici très creusée, c'est malheureusement aussi le cas de l'histoire. On découvre de mystérieux hommes-chats dont on n'avait auparavant jamais entendu parler. Pas de précisions sur leurs origines, et leurs motivations, ils servent ici uniquement de méchants, des griffes desquels il faut libérer la jeune fille en détresse. Le laran et les pierres-étoiles sont ici largement utilisés par l'auteure, ce qui nous en apprend davantage sur leurs possibilités, mais encore une fois, un peu trop facilement...

Ce roman est donc loin d'être inoubliable, sauf concernant les erreurs de traduction (les traducteurs multiples pour une saga, ce fléau des lecteurs !). Rien n'est plus perturbant que de voir les ténébrans devenir des ténébrosiens... Déjà que c'est difficile de s'y retrouver, ça n'arrange pas les choses ! J'espère que la suite sera plus travaillée, car on sait que l'auteure peut faire vraiment preuve de plus de finesse et de sensibilité.

vendredi 7 août 2015

La chaîne brisée - Marion Zimmer Bradley

chaine_brisee.jpgLa noble Melora, dans sa prime jeunesse, a été enlevée par Jalak, tyran de Shainsa. Depuis lors, elle est enchaînée jour et nuit selon la cruelle coutume des Villes Sèches. Elle a donné au tyran une petite fille, Jaelle. Elle subit son calvaire sans une plainte. Mais Jaelle vient d'avoir douze ans. L'âge d'être enchaînée à son tour. Alors Melora appelle au secours. Un appel télépathique d'une extraordinaire puissance qui franchit les fleuves, les forêts, les montagnes... Jaelle n'oubliera pas. Un jour, elle brisera la chaîne. Elle rejettera en bloc toutes les sauvegardes et toutes les entraves qui font la vie des femmes sur Ténébreuse. Elle n'acceptera pas d'autre lien que le serment prêté par les Amazones Libres, d'égale à égale. Elle saura se défendre contre la brutalité des hommes. Elle saura répondre à leur amour. Mais pas pour la vie. (Résumé de l'éditeur)

Je reprend ma lecture estivale de l'année dernière ! Je poursuis ma découverte de la Romance de Ténébreuse en suivant l’ordre chronologique des événements, et non d'écriture. Se situant une vingtaine d'années après Redécouverte, La chaîne brisée est le premier tome du sous-cycle des Amazones Libres. Le roman est en fait un recueil de trois nouvelles qui se suivent dans le temps, ayant un même personnage comme fil directeur : Jaëlle n'ha Melora.

A travers ce personnage dont on suit l'évolution psychologique, et sa mise en parallèle avec un autre personnage, Magda Lorne, une terrienne, Marion Zimmer Bradley aborde un sujet qui lui est cher : la condition féminine. Si dans d'autres romans de la saga, ce n'était qu'un des thèmes sous-jacents, ici il est central, et abordé parfois avec virulence. C'est surtout à travers les yeux des femmes de la guilde des Amazones Libres que nous découvrons la condition des femmes ténébranes. Les femmes qui choisissent de prêter serment à cette Guilde renoncent à se marier et à compter sur la protection des hommes, et choisissent au contraire de s'engager avec un homme ou de faire des enfants uniquement selon leur choix. Elles sont très mal vues par une majorité de la population de la planète, en particulier les hommes, qui vivent très mal leur esprit d’indépendance dans cette société très patriarcale.

Les femmes de cette guilde s'élèvent contre toutes les chaînes que portent les femmes, et c'est ce que les trois nouvelles mettent en avant. Ce qui est le plus marquant, c'est la violence des Amazones à l'égard des femmes qui subissent encore ce que leur famille leur impose : mariage, famille, soumission à leur mari,... L'auteur nuance tout même son propos au fil de l'histoire, mettant en avant les choix de chaque femme, et les raisons qui peuvent les pousser à vouloir vivre avec un homme.

Peu de science fiction dans ce roman donc, car même si les terriens ont commencé à avoir des rapports avec la société ténébrane, ils sont pour l'instant très limités. On sent bien que le volume précédent, Redécouverte, a été écrit bien plus tard, pour combler des lacunes sur ce sujet. Ce roman, écrit lui en 1976, est vraiment intéressant, avec un sujet fort, traité intelligemment malgré quelques situations un peu exagérées à mon goût.

J'enchaîne ma lecture de Ténébreuse avec le diptyque L'Épée Enchantée et la Tour Interdite, qui ne font pas partie du cycle des Amazones Libres, mais dont les intrigues se passent chronologiquement à ce moment-là. Suite des Amazones une autre fois !

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