passage.jpgA l'hôpital Mercy General, la psychologue Joanna Lander s'est spécialisée dans les EMI, les expériences de mort imminente. Elle tente de rassembler les bribes d'éléments que ramènent ceux qui, pendant quelques minutes, sont passés de l'autre côté. Hélas, les sujets sont rarement assez lucides pour fournir des données fiables. Lorsqu'un brillant neurologue, le docteur Richard Wright, lui propose de travailler sur des EMI artificielles simulées par l'injection d'une drogue psychoactive, elle accepte sans hésiter. Elle ne se doute pas qu'elle vient de s'engager sur une voie qui pourrait bouleverser toutes les théories scientifiques sur les EMI, et sur la mort elle-même. (Résumé de l’éditeur)

Histoire de patienter jusqu’au second tome de Black-Out, je poursuis mon exploration de la bibliographie de Connie Willis avec ce beau bébé de plus de 900 pages (en édition de poche). Et pour parler des choses qui fâchent tout de suite, avec ce nombre de pages, il y a forcément quelques longueurs… Il faut dire que le sujet, même s’il se révèle passionnant au final, est développé en long, en large et avec beaucoup de détails et de répétitions. Mais c’est la marque de Connie Willis : une totale maîtrise de son sujet, avec une précision et une exactitude, qu’on pourrait ici qualifier de chirurgicale ! L’hôpital Mercy General est presque un personnage à part entière du roman, tant on se perd dans le dédale de ses couloirs, ce qui nous permet de le connaître aussi bien que les protagonistes…

Pour en revenir précisément au sujet, j’étais plutôt sceptique au départ. Je n’ai pas d’opinion en particulier sur la vie après la mort, même si comme tout le monde, je me pose cette existentielle question. Et comme personne n’est encore revenu pour témoigner, le sujet est souvent traité avec un mysticisme et une imagination galopante. Se frotter à un tel sujet avec une vue scientifique est donc un exploit, que réussit Connie Willis. Avec son humour habituel, elle va se jouer des idées reçues, en particulier de la très célèbre « lumière au bout du tunnel », pour nous mener vers une compréhension de la véritable nature des EMI.

Cette compréhension se fait petit à petit. On suit les recherches de Joanna, d’une patience proverbiale dans la collecte des témoignages des personnes ayant vécu une mort clinique. Un certain nombre de points communs se retrouvent souvent : un bruit indéfinissable, un tunnel, une lumière vive, et la présence de proches décédés,… Joanna essaie de ne pas influencer les témoignages, mais ce n’est pas le cas de son rival en la matière, qui n’hésite pas à interférer pour obtenir les réponses qui l’arrangent… Au final, Joanna sera elle-même cobaye dans le projet du Dr Wright. Ce qu’elle verra sous l’effet de la drogue ressemble à ce qu’elle a souvent entendu, mais en poussant « la porte », elle fait une incroyable découverte…

Je ne dirais rien sur la « révélation » ni sur un élément central de l’intrigue pour ne pas spoiler, mais j’ai vraiment aimé cette approche très originale. Très marquante et assez angoissante aussi… On pardonne au final les circonvolutions de l’auteur pour y parvenir, car cela fait aussi partie de l’ambiance du livre, et du fait que l’on tourne inlassablement les pages pour connaître le fin mot de l’histoire, comme les personnages, ayant la solution au bout des doigts sans parvenir à la trouver. Ce sont ces personnages qui sont aussi pour beaucoup dans la réussit du roman, que ce soit Joanna, son amie urgentiste Vielle, le vieux professeur d’anglais atteint d’Alzheimer, Ed Wojakowski l’intarissable, ou encore la petite Maisie passionnée de catastrophes. Bref, une réussite encore une fois pour Mme Willis, dans un registre différent de ses autres romans, mais toujours avec cette touche si particulière qui font de ses livres des histoires hors du commun.