miroirs-fumee.jpegJe ne suis en général pas très à l'aise les nouvelles. Le format court, c'est toujours un style qui me laisse perplexe. Lors de mes études de bibliothécaire, notre professeur de littérature nous avait demandé d'écrire un texte pour défendre les nouvelles ou les romans. J'avais choisi les romans sans une hésitation (pour une fois que je choisissais un sujet rapidement). Ce qui ne m'empêche pas de persister, mais ces changements de ton, de décor ou d'ambiance, ça me perturbe à chaque fois. Et il faut dire que dans ce recueil Neil Gaiman ne m'a pas épargnée, puisqu'on passe sans transition d'une histoire de loup-garou ayant des doigts d'enfants et une patte de chien dans l'estomac, à une version revisitée de la quête du Graal, en passant par une scène de sexe torride où une femme vole les souvenirs de l'escorte-man qu'elle a engagé. Les sujets des nouvelles sont donc vraiment variés, recouvrant tous les domaines de l'imaginaire, et montrent l'étendue des idées que peut avoir Monsieur Gaiman.

Si certaines nouvelles m'ont vraiment plu, j'avoue que je cherche encore le pourquoi du comment de certaines autres. J'ai parfois préféré le ton vif, enjoué et drôle de l'introduction (une introduction de 44 pages, s'il vous plaît), où l'auteur explique la genèse de l'écriture de chaque nouvelle. J'ai eu l'impression tout à la fois d'histoires parfois non abouties, ou d'idées qui seraient encore à creuser, à moins que l'auteur ait parfois juste voulu fixer un sentiment fugace sur le papier. Même si le recueil en lui-même ne semble pas avoir de cohérence, le tout est très onirique. Certaines histoires ne me laisseront pas un souvenir impérissable, ce qui explique mon enthousiasme mitigé dans cette chronique, alors que certaines m'ont réellement marquées.

Chevalerie, ou l'histoire d'une petite vieille trouvant le Saint Graal dans une brocante. Nicholas était, qui ne vous fera plus jamais regarder le Père Noël de la même façon en 100 mots. Le Prix, ou comment un chat noir peut se dresser entre vous et le Diable pour vous sauver. Les mystères du meurtre, qui nous emmène dans les premiers jours de l'Univers parmi les Anges. Neige, verre et pommes, une superbe réécriture de Blanche-Neige du point de vue de la belle-mère. Sans oublier l'histoire du cadeau de mariage de l'introduction, qui aurait mérité une place à part entière.

Ce n'est peut-être pas la meilleure façon de découvrir le style de Neil Gaiman, même si cela montre encore plus l'étendue de son talent. Quant à moi, je pense qu'il faut définitivement que j'arrête de lire des recueils de nouvelles bêtement du début à la fin, mais qu'il faut que je les pose à des endroits stratégiques histoire de piocher dedans de temps en temps... A creuser !