fille_irlandais.jpgEve Green, 8 ans, de père inconnu, sa mère subitement morte, se trouve renvoyée chez ses grands-parents dans un petit village du beau et sauvage pays de Galles. Un univers dur, où les mesquineries et le mépris jalonnent sa vie d'écolière. Un jour, la plus jolie fille de la classe disparaît, et le microcosme villageois se met en ébullition : enquête, soupçons, mensonges, faux témoignages, vengeance, culpabilité. A huit ans, c'est drôle d'initiation à la vie qui lui tombe dessus. Seuls deux amis réussissent à gagner sa confiance, jusqu'au jour où l'un d'eux disparaît à son tour... Vingt ans plus tard, enceinte de son premier enfant, Eve remet en place, dans la sérénité et dans l'amour, le puzzle de sa vie. (Résumé de l'éditeur)

La fille de l'Irlandais est le tout premier roman de Susan Fletcher, dont j'ai adoré Un bûcher sous la neige et Les reflets d'argent (il me manquera Avis de tempête, et je serai à jour de sa bibliographie !). Même s'il a été récompensé à sa sortie par deux grands prix en Angleterre, on ressent tout de même que ce livre est la première publication de l'auteure. Le style n'est pas encore aussi fin et subtil que celui qui m'a touché en plein coeur dans mes précédentes lectures.

Le roman se construit autour d'allers-retours dans le temps. Eve a 28 ans, et elle est enceinte de son premier enfant, d'un homme de 16 ans son aîné, qui la connaît depuis qu'elle est toute petite. Elle se remémore l'été de ses huit ans, quand elle est venue vivre au Pays de Galles chez ses grands-parents, après la mort de sa mère. Une mère qui l'a élevée seule, après que l'irlandais rouquin dont elle était amoureuse, disparut du jour au lendemain... Il y a donc une grande nostalgie qui se dégage des lignes de la fillette qu'elle était, qui revoit l'adaptation compliquée de la petite Evangeline dans un village où tous ne voient pas son arrivée d'un bon oeil.

L'alternance des deux points de vue, permettent de décrypter avec un regard plus mûr les événements passés, ce que la petite Evangeline n'a pas compris à l'époque : le dédain, le mépris des gens, et le tourbillon d'émotions entraîné par la disparition de la petite Rosie. La peine, le malaise, l'incompréhension, que ressentait la petite effrontée d'alors, est temporisé par la jeune fille qui prend du recul, qui fait la paix avec ses souvenirs. Remonter dans sa mémoire, permet de remettre en place les pièces d'un puzzle familial, de répondre aux questions qu'elle se posait alors, en particulier sur sa mère, et son mystérieux père.

J'ai un goût de trop peu après avoir lu ses autres oeuvres, plus flamboyantes dans les sentiments et les rapports humains. Mais on retrouve ici tout de même ces ingrédients, qui promettent déjà une plume sensible : les petits détails de la vie quotidienne, la description de la nature, la peinture des cœurs humains tourmentés, les secrets familiaux qui refont surface... C'est aussi la belle histoire d'une enfance, certes atypique, mais qui fût heureuse. A l'opposé, je ne m'attendais pas à la violence également de ces lignes, où une véritable noirceur des sentiments se dégage parfois. Le récit garde donc un goût doux-amer, un fois la dernière page tournée...