terrienne.jpgIl y a un an, Anne Collodi a vu sa sœur Gabrielle disparaître, enlevée par l’homme qu’elle venait d’épouser. Des mois plus tard, Anne reçoit un message improbable : sa sœur l’appelle à l’aide. Elle décide alors de partir à sa recherche pour la ramener, coûte que coûte. Elle va découvrir une route, au bout de laquelle se trouve une faille immatérielle. Cette faille va la faire basculer dans un autre monde, « l’autre côté », peuplé d’humains froids et lisses, qui ne respirent pas… Anne va découvrir bien des choses, mais elle va prendre conscience d’une chose importante : l’essence de son humanité.

J’avais déjà lu un roman de Jean-Claude Mourlevat, Le chagrin du roi mort, mais celui-ci est davantage orienté ado et touche à la SF. J’en garde un bon souvenir de lecture, mais un souvenir teinté de doux-amer. Les sujets que Mourlevat aborde dans ce livre sont tour à tour angoissants, dérangeants,… Mais je vous rassure, il n’est pas non plus dénué d’une certaine beauté, ni de poésie. L’écriture est très agréable à lire, très fluide. Le rythme est assez rapide, sans temps mort, ce qui fait qu’on a du mal à lâcher le livre.
On ne peut qu’être touché par les sujets abordés dans ce livre. En comprenant en même temps qu’Anne, comment fonctionnent les humains de « l’autre côté », on s’interroge sur l’humanité. Car même si ces êtres nous ressemblent physiquement, ils ne font en fait que singer ce que nous sommes : ils ont un travail, ils vivent en couple, ont des enfants, mangent, prennent les transports en commun… Mais tout cela est fait de façon mécanique, sans sentiment, avec efficacité. La façon dont ces gens meurent reflète bien cela : ils meurent d’ennui. Lorsque la vie est devenue si ennuyeuse qu’ils ne réagissent plus à rien, ils s’assoient où ils se trouvent : dans la rue, dans un bus... Une brigade sanitaire vient alors les chercher pour les emmener je-ne-vous-dirais-pas-où (et cet endroit là mérite également une analyse, mais je ne veux pas spoiler !). Mais on se rend compte au final, que même si il manque à ce monde l’amour, la colère, le rire, l’empathie,… sur certains aspects, il n’est pas si éloigné du notre. Et c’est assez perturbant.
Un aspect qui m’a touché également, c’est la façon dont Mourlevat aborde la mort de personnages de l’histoire… Il n’y a pas de pathos, pas de préambule. Ce qu’il nous décrit, c'est la mort, atroce et brutale. On est comme sous le coup de l’onde de choc de cette mort, vécue par le personnage principal, qui n’a pas le temps de s’arrêter dessus, étant elle-même pressée par les évènements. C’est curieux et bizarre de le ressentir comme ça, mais cela ajoute indéniablement à l’angoisse et au déroulement rapide de l’histoire.
Au final je me rends compte que je n’ai parlé que d’aspects assez sombres, mais il y a également de l’amour et de l’espoir. Comme pour ce dont j’ai parlé un peu plus haut, Mourlevat traite ces sujets avec justesse.
L’univers qui est développé est assez cohérent, mais la fin du roman ne manque pas de nous interroger. On manque tout de même de détails sur cet univers froid et aseptisé, sur la façon dont celui est connecté avec notre monde, sur la façon dont ce monde a pris contact avec le notre, etc. Cela entretient le mystère, mais laisse également une fin ouverte.

Une petite citation pour finir, qui m'a beaucoup touchée dans le contexte du livre. Cela nous permet aussi de nous recentrer sur les choses importantes, ce qui nous raccroche au bonheur, l'aspect positifs des choses malgré tout ce qui peut arriver :
Je suis amoureuse de cette Terre sur laquelle j'ai mes pieds. Je l'aime avec tous ses défauts, toutes ses tares. Je l'aime à cause de ça. J'aime le trop froid et le trop chaud, la pluie, la boue, les embouteillages, les examens ratés, les cartes postales moches, les mensonges, les larmes, les blessures et la mort. J'aime ce qui manque et ce qui dépasse, j'aime le trop et le pas assez, je veux me brûler aux orties et aux casseroles, ça ne me dérange pas, je veux bien égarer mes clés, avoir mal à la tête, être trompée (pas par Bran), être bousculée. Mais je prends aussi les bonnes choses. Je veux être caressée, je veux manger des banana split, je veux écouter de la bonne musique, recevoir des lettres, voir naître des bébés, faire la sieste, aller à Venise... je veux faire entrer l'air dans mes poumons, ... je veux respirer.