Le rêve du renard

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samedi 19 décembre 2015

Resurrection row - Anne Perry

resurrection_row.jpgQui donc s'amuse à déterrer les morts du très chic quartier de Gadstone Park ? S'agit-il de farces de mauvais goût ou faut-il y voir une plus sombre menace ? Chargé de l'enquête, Thomas Pitt se perd en conjectures. Mais le code de bonne conduite de la haute société anglaise ne tardera pas à se craqueler, révélant sa corruption et sa fausse respectabilité. (Résumé de l'éditeur)

Pas le temps de s'ennuyer, voici le 4ème volume des enquêtes de Charlotte et Thomas Pitt ! Et là, question détente je suis servie ! Anne Perry nous sert dans cette histoire des cadavres qui se déterrent tout seuls... Mais comme d'habitude, malgré des détails peu engageants, je me suis régalée (je n'aurais jamais cru dire ça un jour).

Resurrection row, du nom d'un cimetière dans le quartier du même nom, démarre donc très fort avec la découverte d'un fiacre, conduit par un cadavre... Mais qui n'aurait jamais dû se trouver là, puisque cet homme est mort des semaines plus tôt ! Et dûment enterré bien sûr. Comment s'est-il retrouvé là, et pourquoi une telle mise en scène? Thomas commence son enquête, qui l'entraîne dans les beaux quartiers de Gadstone Park. Le regretté Lord Augustus Fitzroy-Hammond, puisque c'est de lui qu'il s'agit, laisse derrière lui une jeune et jolie veuve ainsi qu'une vieille mère acariâtre, qui ne font pas bon ménage ensemble. Alors que les indices se font rares, Lord Augustus, enterré une seconde fois en petit comité, refait son apparition sur le banc de l'église du quartier ! Et il ne sera pas le seul à sortir de sa tombe...

On retrouve avec plaisir Thomas pour cette enquête pour le moins zombiesque (même s'il n'y en a pas l'ombre d'un, nous sommes dans un polar victorien bien comme il faut). Elle m'a semblé d'ailleurs moins crédible que les précédentes enquêtes de l'inspecteur, et sa résolution un peu rapide et tirée par les cheveux. Mais je passe là-dessus, car on retrouve avec le même bonheur la tante Vespasia, son franc-parler et ses ragots légendaires. Son attachement pour Thomas et Charlotte la rend elle-même très sympathique. Un invité surprise s'ajoute également en la personne de Dominic Corde, ex beau-frère et amour de jeunesse de Charlotte. Une apparition que Thomas ne verra pas d'un très bon oeil.

Encore une fois, Anne Perry nous plonge véritablement dans le Londres de la reine Victoria. Une ville glauque et miséreuse dans ses quartiers défavorisés, où les enfants sont exploités, les femmes font le trottoir pour pouvoir faire manger leur famille,... Une vie que les riches protagonistes ignorent superbement, alors qu'ils pourraient changer les choses en votant les lois adéquates pour l'éducation des enfants notamment. Une incursion dans le proxénétisme et les débuts de la pornographie photographique achèvent le tableau. Avec les cadavres qui se déterrent tout seuls, c'est glamour !

Même s'il est passionnant, c'est un volume un peu en dessous des précédents. Je regrette qu'on ne partage pas davantage la vie de Charlotte et Thomas. Les seules fois où l'auteure les met en scène ensemble, c'est majoritairement dans la cuisine au moment des repas... On a vu plus passionnant, même si les soupes de Charlotte semblent délicieuses !

samedi 12 décembre 2015

Le crime de Paragon Walk - Anne Perry

crime-de-paragon-walk.jpgLondres, 1884. La luxueuse avenue de Paragon Walk s'éveille en plein drame : une innocente jeune fille de dix-sept ans, Fanny Nash, y a trouvé la mort, violée et étranglée. L'inspecteur Pitt est chargé de l'affaire. Sa tâche s'avère encore plus délicate que d'habitude. Une nouvelle fois confronté à l'aristocratie, il va aussi devoir enquêter chez Lady Emily Ashworth, la soeur de sa chère épouse Charlotte ! Fanny a été agressée alors qu'elle revenait de chez Emily et George, son mari, reste très évasif sur son emploi du temps au moment du crime. Cacherait-il quelque chose ? L'enquête piétine. Bien décidée à percer le mystère, Emily entraîne Charlotte dans les réceptions mondaines. À la quête des petits secrets qui cachent les grandes dépravations, elles démasqueront un coupable complètement inattendu. (Résumé de l'éditeur)

Une panne de lecture, un mois de décembre brouillageux... quoi de mieux donc que le retour à une lecture-doudou? Le 3ème volume des enquêtes de Charlotte et Thomas Pitt me tendait les bras ! On ne peut pas dire qu'un policier est la lecture réconfort idéale au premier abord, mais retrouver Charlotte et Thomas désormais parents d'une petite Jemima, et une Lady Emily Ashworth enceinte de son premier enfant, cela fait du bien !

Une fois encore, Thomas se retrouve confronté à un meurtre au sein de la bonne société anglaise. Une jeune fille a été retrouvée poignardée et violée, au coeur du quartier très huppé de Paragon Walk, là même où habitent Lady et Lord Ashworth. Innocente, naïve, sans intérêt... Fanny Nash, la jeune victime de 17 ans est ainsi décrite par sa famille et ses voisins... Qui donc aurait pu vouloir sa mort? Interrogeant parents, amis, voisins, domestiques,... Thomas piétine, le mobile restant mystérieux, l'arme du crime et les preuves introuvables. Et comme si cela ne suffisait pas, l'un des frères de la victime, Fulbert Nash, disparaît, après avoir laissé entendre qu'il se passait des choses peu avouables derrière les murs des salons chics...

Comme dans sa précédente enquête à Callander square, l'inspecteur se heurte à l'hostilité de ces membres de la haute société. C'est Charlotte, aidée de sa soeur Emily, qui de salon en réception, dans des robes empruntées, va essayer de trouver les indices qui manquent cruellement à son dégingandé de mari. Et on va en apprendre de belles grâce à elle... Anne Perry continue de défendre la cause féminine. On connaît déjà le tragique des mariages de convenance, mais les interprétations des personnages sur le viol de la jeune fille sont tout simplement glaçantes. L'antisémitisme est également présent. Se marier avec un juif est sans doute une mésalliance pire que celle de Charlotte, épousant Thomas...

Bien qu'on partage peu l'intimité de Charlotte et Thomas, j'ai beaucoup aimé la pudeur avec laquelle l'auteure évoque leur couple, leurs difficultés au quotidien, leur pauvreté... Et dans la même veine, le doute d'Emily dans sa relation avec son mari. L'apparition du personnage de Lady Vespasia, une vieille aristocrate à qui, visiblement, on ne la fait pas, pimente un peu le jeu, et j’espère qu'elle réapparaîtra dans les tomes suivants. Un bon roman encore une fois, et j'ai d'ores et déjà le prochain sous le coude.

dimanche 30 août 2015

Du sang sur la soie - Anne Perry

sang_soie.jpgAu coeur de la Byzance du XIIIe siècle, les destins se construisent entre complots, pouvoir et trahisons. Décimée par le sac de 1204, pillée, incendiée, Constantinople, la perle de l'Empire orthodoxe, tente de renaître de ses cendres. C'est dans cette ville exsangue et crépusculaire que la jeune Anna Zaridès, travestie en eunuque, tente de s'établir comme médecin. Son but : obtenir des informations pour prouver l'innocence de son frère accusé de meurtre. Elle croisera sur sa route la dangereuse et magnifique Zoé Chrysaphès, prête à tout pour redonner à la Cité impériale sa splendeur perdue. Mais derrière les doux reflets de la soie, passions et ambitions se mêlent dans le sang... (Résumé de l'éditeur)

J'ai délaissé mon début de série policière préférée du moment, pour cette très grosse fresque historique de 750 pages. J'ai jadis englouti les romans historiques à la pelle, et gardé une fascination pour la flamboyante et riche Constantinople. Il me fallait donc bien ça pour m'occuper sur la plage et me faire rêver d'horizons lointains... Et sur ce dernier point, Anne Perry ne m'a pas déçue. Ce roman est une véritable reconstruction de Byzance au 13ème siècle. L'histoire se transforme souvent en véritable débat théologique, qui sépare les chrétiens d'Orient et d'Occident. D'un côté les romains, et de l'autres les grecs orthodoxes, en de houleuses et sanglantes oppositions. A ce conflit spirituel se mêlent bien sûr intimement des conflits politiques aux enjeux aussi élevés : complots et manigances au sein de Constantinople même, ou au niveau des souverains de l'Europe.

C'est donc dans ce contexte que l'auteure place sa trame policière, plutôt ténue du coup, face à toute cette complexité. Et ce n'est pas fini, puisque la galerie de personnages qu'elle nous fait découvrir est tout aussi vaste, qu'elle est nuancée. Le personnage principal, Anna Lascaris, incarne elle aussi un des visages de la civilisation byzantine. Femme, et médecin de métier, elle va choisir de se travestir en eunuque pendant de nombreuses années, pour enquêter plus discrètement sur l'accusation de meurtre qui pèse sur son frère. Dans son enquête, elle croisera sur sa route une femme dangereuse et manipulatrice toute à ses rêves de vengeance, un légat du Pape se questionnant sur sa foi, un marin vénitien troublé par son ascendance byzantine, un évêque orthodoxe eunuque,... Une palette de personnages très différenciés, profondément humains, d'une crédibilité vraiment travaillée.

Le portrait de cette ville qui se reconstruit, 70 ans après avoir été dévastée en 1204, est vraiment passionnant et touchant. Le peuple est exsangue, vivant sous la menace d'une autre croisade meurtrière, qui pourrait mettre un point final à une civilisation qui dure depuis 1000 ans. Mais malgré mon intérêt pour l'Histoire et le sort des personnages, il m'a manqué le quelque chose qui aurait pu me transporter. Des longueurs sont évidemment présentes, dans ce roman choral aux (trop ?) multiples narrateurs, et l'aspect théologique, avec sa reconstitution très documentée, m'a parfois un peu lassée. On perd parfois de vue l'intrigue principale. C'est tout de même un roman vraiment riche, qui prouve que l'auteure brille aussi bien à faire revivre l'Angleterre victorienne, que la flamboyante et sensuelle Byzance.

mercredi 19 août 2015

La fille de l'Irlandais - Susan Fletcher

fille_irlandais.jpgEve Green, 8 ans, de père inconnu, sa mère subitement morte, se trouve renvoyée chez ses grands-parents dans un petit village du beau et sauvage pays de Galles. Un univers dur, où les mesquineries et le mépris jalonnent sa vie d'écolière. Un jour, la plus jolie fille de la classe disparaît, et le microcosme villageois se met en ébullition : enquête, soupçons, mensonges, faux témoignages, vengeance, culpabilité. A huit ans, c'est drôle d'initiation à la vie qui lui tombe dessus. Seuls deux amis réussissent à gagner sa confiance, jusqu'au jour où l'un d'eux disparaît à son tour... Vingt ans plus tard, enceinte de son premier enfant, Eve remet en place, dans la sérénité et dans l'amour, le puzzle de sa vie. (Résumé de l'éditeur)

La fille de l'Irlandais est le tout premier roman de Susan Fletcher, dont j'ai adoré Un bûcher sous la neige et Les reflets d'argent (il me manquera Avis de tempête, et je serai à jour de sa bibliographie !). Même s'il a été récompensé à sa sortie par deux grands prix en Angleterre, on ressent tout de même que ce livre est la première publication de l'auteure. Le style n'est pas encore aussi fin et subtil que celui qui m'a touché en plein coeur dans mes précédentes lectures.

Le roman se construit autour d'allers-retours dans le temps. Eve a 28 ans, et elle est enceinte de son premier enfant, d'un homme de 16 ans son aîné, qui la connaît depuis qu'elle est toute petite. Elle se remémore l'été de ses huit ans, quand elle est venue vivre au Pays de Galles chez ses grands-parents, après la mort de sa mère. Une mère qui l'a élevée seule, après que l'irlandais rouquin dont elle était amoureuse, disparut du jour au lendemain... Il y a donc une grande nostalgie qui se dégage des lignes de la fillette qu'elle était, qui revoit l'adaptation compliquée de la petite Evangeline dans un village où tous ne voient pas son arrivée d'un bon oeil.

L'alternance des deux points de vue, permettent de décrypter avec un regard plus mûr les événements passés, ce que la petite Evangeline n'a pas compris à l'époque : le dédain, le mépris des gens, et le tourbillon d'émotions entraîné par la disparition de la petite Rosie. La peine, le malaise, l'incompréhension, que ressentait la petite effrontée d'alors, est temporisé par la jeune fille qui prend du recul, qui fait la paix avec ses souvenirs. Remonter dans sa mémoire, permet de remettre en place les pièces d'un puzzle familial, de répondre aux questions qu'elle se posait alors, en particulier sur sa mère, et son mystérieux père.

J'ai un goût de trop peu après avoir lu ses autres oeuvres, plus flamboyantes dans les sentiments et les rapports humains. Mais on retrouve ici tout de même ces ingrédients, qui promettent déjà une plume sensible : les petits détails de la vie quotidienne, la description de la nature, la peinture des cœurs humains tourmentés, les secrets familiaux qui refont surface... C'est aussi la belle histoire d'une enfance, certes atypique, mais qui fût heureuse. A l'opposé, je ne m'attendais pas à la violence également de ces lignes, où une véritable noirceur des sentiments se dégage parfois. Le récit garde donc un goût doux-amer, un fois la dernière page tournée...

lundi 22 juin 2015

Le géant enfoui - Kazuo Ishiguro

geant_enfoui.jpgAxl et Beatrice vivent un amour constant qui a résisté aux années. Ils décident de faire un voyage pour rejoindre leur fils, parti depuis longtemps. De nombreux obstacles se dressent sur leur chemin, parfois étranges, parfois terrifiants, et mettent leur amour à l’épreuve. (Résumé de l'éditeur)

Je n'ai pas su résister à cette couverture magnifique, si poétique, qu'elle planait presque sur ma lecture une fois le livre ouvert. Et que dire de ce roman, dont le résumé si simple ne me préparait pas du tout à ce que j'allais découvrir. Kazuo Ishiguro nous emmène dans une Angleterre post-Arthurienne, ou bretons et saxons vivent dans une paix précaire. C'est une période sombre ; il ne fait pas bon s'éloigner de chez soi, que ce soit un village soigneusement fortifié, ou un village troglodyte. Car ogres, dragons et autres créatures maléfiques rodent... C'est à cette époque que vivent Axl et Béatrice, un couple de personnes âgées. Ils décident un matin d'aller rendre visite à leur fils. Un voyage de quelques jours seulement, mais émaillé de rencontres : un triste batelier, de vieilles femmes habillées de noir, un guerrier saxon à la mission mystérieuse, et Gauvain, neveu du roi Arthur...

Les personnages vivent sous un voile d'amnésie. Et Axl et Béatrice s'en rendent bien compte en cherchant dans leur mémoire, pourquoi leurs plus chers souvenirs semblent avoir disparu? Pourquoi ne peuvent-ils se rappeler le visage même de leur fils, ou même ce qu'ils ont fait la journée précédente? Une brume semble s'être abattue sur la région depuis des décennies, et ils vont en découvrir la cause, au cours de ce voyage qui se transforme en périple.

Déroutant, magique... Ce livre me laisse encore perplexe. Je m'attendais au début à lire un roman de Chrétien de Troyes. Mais on est loin de la chevalerie, ou d'une fantasy épique à la Tolkien. Entre conte, récit historique et roman arthurien, Ishiguro tisse un roman où ce sont les thèmes sous-jacents qui rythment et donnent toute sa matière à l'histoire. L'amour, la mémoire, le poids des souvenirs, mais également la guerre, la mort et la vengeance... C'est une réflexion à la fois simple et complexe, universelle et personnelle qui nous interroge dans ce livre. Jusqu'à la toute fin, sera-t-il souhaitable que cette brume d'amnésie se lève? L'oubli n'est-il pas parfois nécessaire?

C'est une histoire encore très actuelle que l'auteur nous livre ici. J'ai parfois eu du mal à avancer dans ce roman dont les longueurs m'ont fait décrocher. Mais au final je ne regrette pas ce voyage, dur et sombre, qui parle de choix, de courage, de non-dits et de certitudes. Et tout cela dans l'ombre d'une dragonne endormie et d'un géant enfoui.

vendredi 12 juin 2015

Le Mystère de Callander Square - Anne Perry

callander-square.jpg(Attention aux spoilers pour ceux qui ne sont encore doutés de rien :)) En creusant dans Callender Square, deux jardiniers découvrent un cadavre de bébé. Alerté, l'inspecteur Thomas Pitt se rend sur les lieux, où il découvre un second corps. Il entreprend dès lors une enquête dans ce lieu habité par la grande bourgeoisie, qui n'apprécie pas beaucoup de voir ses secrets mis à jour. Pour l'aider dans sa tâche, l'inspecteur Pitt peut compter (d'ailleurs, elles ne lui laissent pas le choix) sur son épouse, Charlotte, ainsi que sur la soeur de celle-ci, Emily. (Résumé de l'éditeur)

Quand on a trouvé une lecture-doudou, en général, on ne la lâche pas tout de suite. Me voilà donc de retour avec le second tome des enquêtes de Charlotte et Thomas Pitt. En général, je ne raffole pas des histoires policières, et les gens qui meurent brutalement avec un couteau dans le ventre, c'est pas ma tasse de thé. Bizarrement ici, je me blottis dans mon gros fauteuil préféré avec un plaisir anticipé. Pourtant l'ambiance morose, pesante voire angoissante est bien là, et Anne Perry mène d'une main de maître son suspens jusqu'à la dernière page. Est-il possible de me faire changer d'avis?

Tout le charme de l'Etrangleur de Cater street est là. L'inspecteur Thomas Pitt est de nouveau confronté à la haute société anglaise, ses manières guindées, ses préjugés et ses principes. Bien sûr, les familles distinguées de Callander square sont persuadées que les bébés retrouvés sont les enfants de quelque domestique, peut-être employée à leur service. Il est impensable qu'il en soit autrement... Mais sont-ils morts-nés, ou bien ont-ils été tués à la naissance? Le parfum de scandale est proche, et l'enquête de Pitt bouleverse la petite routine des habitants de ce si chic quartier. Déterrant les secrets, faisant tomber les faux-semblants, l'inspecteur fait face à une hostilité grandissante, car la tranquillité et le vernis de respectabilité sont ce qu'il y a de plus important pour la bonne société.

Dans ce quasi huis-clos, Anne Perry entremêle les fils de son histoire avec talent. Je suis restée scotchée au livre jusqu'à la dernière page. Plus soutenue que pour le premier tome, l'intrigue est complexe, et fait intervenir des éléments très différents. L'analyse psychologique des personnages est vraiment très fine et passionnante, même si elle relègue parfois les personnages de Thomas, de Charlotte et même d'Emily à qui l'on commence à s'attacher, au second plan. Le point de vue de l'auteure, contemporaine, sur la place de la femme dans la bonne société victorienne apporte un plus à la série. C'est vraiment passionnant.

Vous l'aurez compris, cette série m'enthousiasme au plus haut point ! J'oublie très vite l'ambiance angoissante et parfois morbide grâce à toutes les qualités que recèlent ces romans. Allez on se calme quand même, et on attend pour enchaîner avec le 3ème tome !

jeudi 4 juin 2015

L'étrangleur de Cater Street - Anne Perry

etrangleur_cater_street.jpgDepuis le temps que l'on me parle des romans policiers d'Anne Perry, il était temps que je m'y mette. Se déroulant à Londres à l'époque victorienne, ces romans ont une ambiance austenienne qui ne pouvait que me ravir. Je ne cours d'habitude pas après les intrigues policières (une overdose de jeunesse, je pense) mais ce premier volume mêle habilement enquête, psychologie, humour et amour.

Le titre du roman plante d'emblée l'ambiance, plutôt lourde et macabre. Charlotte Ellison, jeune fille de la bourgeoisie, découvre les crimes atroces commis dans sa rue-même dans les journaux, que son père lui interdit pourtant de lire. Mais d'un caractère indépendant et un peu rebelle, Charlotte cultive un esprit curieux. Lorsque la propre bonne de la famille est tuée à son tour, la famille rencontre l'inspecteur Pitt, venu enquêter. Les meurtres des 4 jeunes filles ne semblent avoir aucun lien entre eux. La piste du vagabond est vite écartée pour se concentrer sur celle d'un habitant de Cater Street. Le malaise s'installe peu à peu alors que chacun suspecte son voisin. Les femmes ne sortent plus seules et la peur s'instille très vite dans le quotidien...

Si l'intrigue policière est bien le moteur de l'intrigue, ce n'est pas ce qui fait tout le charme du roman. On devine même assez vite qui peut être le meurtrier, même si cela n'enlève rien au plaisir de la lecture. Tout le talent de l'auteure réside dans la description de la classe sociale à laquelle appartient Charlotte. Les visites, le cérémonial du thé, les œuvres de charité, et le dédain pour les inférieurs... Sa rencontre avec l'inspecteur Pitt ouvre à Charlotte une réalité qu'elle ignorait totalement. Déjà ouverte d'esprit, questionnant les règles très patriarcales et parfois absurdes du milieu auquel elle appartient, les dialogues où Charlotte s'exprime sont pleins d'ironie et d'intelligence.

L'enquête policière ajoute un contrepoint vraiment intéressant dans le sens où il questionne aussi la famille de Charlotte dans leurs principes. Incrédules à l'idée que le meurtrier puisse être une connaissance, et donc quelqu'un de bien élevé et policé, ils traitent avec rudesse l'inspecteur Pitt. Ses conclusions bouleversent le monde qu'ils connaissent, impliquant une nuance psychologique au crime commis, puisque le mobile matériel n'en est pas la cause. En cela c'est même plutôt rafraîchissant, pour les lecteurs du XXIème siècle que nous sommes, habitués, voire même blasés aujourd'hui, aux séries policières où les serial killer et les détraqués psychologiques sont légion.

Ce roman a vraiment été un bonheur à lire. L'atmosphère sombre nous fait ressentir toute l'épaisseur du brouillard anglais dans des rues sombres et humides. La façon dont interagissent les différents membres de la famille Ellison, leurs réactions au fur à mesure de l’enquête, l'évolution de leur façon de penser, est particulièrement bien décrite. Charlotte est une héroïne dont la rébellion contre les conventions est pleine de fraîcheur, et qui réussit à s'affranchir de son milieu conservateur. L'inspecteur Pitt est un personnage que l'on a hâte de connaître davantage, dans sa relation avec Charlotte, que l'on imagine pleine de tendresse, mais aussi de spontanéité et d'intelligence. Il s'en est fallu de peu que cette lecture soit un coup de coeur, c'est vous dire !

Cette série dite de Charlotte Ellison et Thomas Pitt compte aujourd'hui 30 tomes. J'ai donc largement de quoi lire dans les mois, voire années à venir, car je compte enchaîner avec la suite très vite !

mercredi 22 avril 2015

Les Mémoires de Zeus - Maurice Druon

memoires-de-zeus.jpgMoi, Zeus, roi des dieux, dieu des rois, je vais vous conter mon histoire… A ceux qui pensent que vivre pour un dieu est aisé, je dis : « détrompez-vous. » Aux mortels qui croient que notre vie n’est que volupté et délices, je dis : « apprenez votre erreur. » Ne confondez pas ce que vous vous voudriez être avec ce que nous sommes. Ayant échappé de justesse à l’infanticide, à cause d’une prophétie, j’ai grandi seul, caché sur une île. Peu à peu, je suis devenu homme et guidé par ma grand-mère Gaïa, j’ai concocté un plan afin de renverser mon père, Cronos, maître de l’Olympe. Seul, j’ai appris la vie, l’amour, la mort et la colère. J’ai levé une armée, j’ai réveillé les géants, j’ai libéré mes frères et mes sœurs. J’ai accompli mon destin… Vous qui avez oublié, il est temps que je vous rappelle ce que nous avons vécu, alors que l’homme n’était encore qu’un enfant. Moi, Zeus, j’ai fait un long somme… je suis à présent réveillé. (Résumé de l'éditeur)

J'ai profité de l'opération des éditions Bragelonne, 10 ans, 10 romans, 10€, pour me procurer ce roman qui me faisait envie depuis plusieurs années (mais je préfère l'ancienne couverture pour illustrer cet article, elle a quand même plus de prestance !). Et si cette lecture a été un peu longue (quelques 432 pages, pour une semaine de lecture), c'était un double plaisir dont je n'aurais pas du me priver si longtemps. Premièrement parce que ce roman me permet de renouer avec bonheur avec la mythologie grecque, une de mes grandes passions, et en un second temps, relire ces épisodes qui m'ont autrefois bercée ou fait rêver, mais enrichis par la langue très travaillée et érudite de Maurice Druon, c'est comme une redécouverte.

Car l'auteur ne se contente pas de nous raconter l'histoire de la création du monde, de la naissance de Zeus et des autres Dieux, les exploits des héros demi-dieu, ou autres amours tumultueuses... Maurice Druon fait s'adresser le roi des Dieux directement au lecteur, et il peut ainsi nous prendre à parti, nous interpeller, et nous faire réfléchir. Organisant les mythes, les ré-écrivant un peu parfois, mais dans un souci constant d'exhaustivité, l'auteur nous livre un portrait complet de la mythologie grecque. Si des épisodes très connus ne nous surprennent pas, on a parfois l'impression de lire des événements inédits, tant la plume de l'auteur nous dresse parfois des portraits inédits ou plus nuancés. Les détails ne manquent pas, c'est réellement passionnant.

Ce choix de faire parler Zeus, nous en livre en fait un portrait plus intimiste. Mais au-delà, Maurice Druon n'a de cesse, par la voix du Dieu, de nous rappeler que les mythes constituent la mémoire collective de l'humanité. Chaque épisode relaté est l'occasion d'une analyse de notre mode de vie actuel, vu par le prisme de ces mythes. Nous retrouvons en fait ici nos souvenirs, notre mémoire, ce qui fait ce que nous sommes aujourd'hui. La mort, la spiritualité, la guerre,... et autres grandes questions philosophiques, qui malgré les avancées dans les domaines des sciences, nous hantent toujours.

Un roman à l'actualité étonnante, plus profond qu'il n'y parait au premier abord. Relire ces mythes, fondements de notre civilisation, c'est porter un regard lucide sur la société d'aujourd'hui. Une lecture incontournable.

vendredi 17 avril 2015

Nous avons toujours vécu au château - Shirley Jackson

Nous-avons-toujours-vecu-chateau.jpg"Je m'appelle Mary Katherine Blackwood. J'ai dix-huit ans, et je vis avec ma sœur, Constance. J'ai souvent pensé qu'avec un peu de chance, j'aurais pu naître loup-garou, car à ma main droite comme à la gauche, l'index est aussi long que le majeur, mais j'ai dû me contenter de ce que j'avais. Je n'aime pas me laver, je n'aime pas les chiens, et je n'aime pas le bruit. J'aime bien ma sœur Constance, et Richard Plantagenêt, et l'amanite phalloïde, le champignon qu'on appelle le calice de la mort. Tous les autres membres de ma famille sont décédés." (Résumé de l'éditeur)

Le résumé de l'éditeur présente en fait les premières lignes du roman. Cette liste désordonnée plante d'emblée le décor étrange et bizarre de ce roman. Les soeurs Blackwood vivent recluses dans leur maison depuis la mort de leur famille. Seul leur oncle Julian, vieux et infirme, unique rescapé du dîner à l'arsenic qui a tué tous les autres, vit encore avec elles. Ce dernier semble avoir perdu la raison, revivant sans cesse cette funeste journée qui a tout changé six ans plus tôt. Constance vit cloîtrée et refuse d'affronter qui que ce soit, et c'est donc Mary Katherine, la cadette, qui se charge d'aller faire les courses au village deux fois par semaine. Lorsqu'elle passe dans la rue, tous les villageois la regardent avec mépris, horreur, ou violence. Ils détestent même la maison de sa simple présence. Car malgré un procès, le mystère plane toujours... Qui a tué les Blackwood? Quel secret lie les deux soeurs? Pourquoi cette haine envers cette famille ravagée?

La famille Blackwood semble bel et bien maudite. Shirley Jackson, par la voix de Mary Katherine, nous en fait partager le destin. Mais la jeune fille, par sa façon curieuse de s'exprimer, ses pensées, ses superstitions, sa haine aussi, fait également planer une aura de mystère à la frontière du fantastique. Sommes-nous face à un mystère familial? Un polar? Un roman fantastique? Les personnages ne font rien pour nous aider à prendre pied dans l'intrigue, tour à tour paranoïaques, maniaques, inquiétants. Les vérités se font au détour d'une phrase, et le lecteur bascule dans une atmosphère de plus en plus angoissée et angoissante.

Je ne lis jamais de polar d'habitude. Mais celui-ci me fait un peu changer d'avis. Son atmosphère pesante qui frôle le mystérieux, et le talent de l'auteure pour distiller ses indices dans les non-dits, en font un roman agréable à lire. Tourmenté aussi, bien que les soeurs semblent vivre dans une routine rassurante et une solitude qui les rend heureuse, en contre-pied de l'agressivité des villageois qui ne comprennent pas leur réclusion. Un roman qui cultive les contradictions donc... Sommes-nous dans un rêve, ou au bord de la folie?

lundi 30 mars 2015

Agnès Grey - Anne Brontë

agnes_grey.jpgÉlevée au sein d'une famille unie mais pauvre - qui n'est pas sans rappeler la fratrie Brontë -, Agnès Grey, 18 ans, fille d'un pasteur d'un village du nord de l'Angleterre, décide de tenter sa chance dans le monde en se faisant gouvernante. Trop discrète et inexpérimentée, elle est vite confrontée à la dure réalité dès son arrivée chez la famille Bloomfield. Désarmée face à l'indiscipline des enfants gâtés dont elle a la garde, et à l'indifférence cruelle des adultes, elle est renvoyée au bout de quelques mois. Sans désemparer, et dans l'obligation de subvenir à ses besoins, elle trouve alors un emploi chez les Murray. Les jours passent, avec leur lot de monotonie et de difficultés, jusqu'à l'arrivée du nouveau pasteur, Mr Weston... (Résumé de l'éditeur)

Après avoir lu La Dame du manoir de Wildfell Hall, le second roman d'Anne Brontë, je me suis penchée sur le premier qu'elle ait écrit. Agnès Grey se présente comme le journal intime d'une jeune fille qui s'engage comme gouvernante. Issue d'une famille respectable, mais pauvre, la jeune fille n'a que peu d'options pour réussir à gagner sa vie. Jusqu'alors choyée et protégée par sa mère et ses soeurs, Agnès va découvrir une existence où elle ne pourra compter que sur elle-même. A la fois à l'écart des autres domestiques et étrangère à la famille qu'elle sert, sans possibilité de se faire des amis et de se joindre à la bonne société, être gouvernante est une existence solitaire. Mais c'est également une tâche rude et ingrate, car les enfants qu'elle a sous sa garde sont égoïstes et caractériels. Et les parents, souvent aussi stupides que leur progéniture, méprisent tout autant la jeune fille.

En choisissant ce sujet, Anne Brontë, dépeint avec beaucoup de justesse un métier qu'elle a elle-même exercé. Cette plongée dans la bourgeoisie de l'époque est un beau témoignage sur un statut social dont les conditions étaient peu connues à l'époque, et à plus forte raison aujourd'hui. Mais c'est le caractère d'Agnès, plein de pudeur, qui est pour beaucoup dans l'ambiance de ce roman. Beaucoup de lecteurs pourraient la trouver agaçante, avec sa douceur et sa générosité à toute épreuve, mais elle est en fait très attachante. Dispensant des paroles réconfortantes à son entourage, cultivant les comportement justes, la jeune fille apprend à se résigner à sa condition, faisant montre d'un caractère effacé et peu passionné. On a de cesse d’espérer qu'elle trouve le bonheur (qu'elle trouvera, je vous rassure), pour pouvoir s'apanouir.

Pas de scènes tragiques, ni de paysages torturés, nous sommes loin de l'ambiance des romans de ses soeurs. Mais l'apparente simplicité d'écriture cache une grande profondeur qui me charme. Même s'il est moins complexe, mais tout aussi fin dans l'écriture, Agnès Grey aborde des thèmes que l'on retrouvera dans son second roman. L'éducation des femmes et la naïveté des jeunes filles à leur entrée dans le monde, ainsi que le mariage et les différences entre milieux modestes et aristocrates, sont abordés superficiellement dans ce roman, mais pour mieux être repris plus tard. Une belle plume à découvrir, même si elle est plus terre à terre et moins ironique qu'une Jane Austen.

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