etrangleur_cater_street.jpgDepuis le temps que l'on me parle des romans policiers d'Anne Perry, il était temps que je m'y mette. Se déroulant à Londres à l'époque victorienne, ces romans ont une ambiance austenienne qui ne pouvait que me ravir. Je ne cours d'habitude pas après les intrigues policières (une overdose de jeunesse, je pense) mais ce premier volume mêle habilement enquête, psychologie, humour et amour.

Le titre du roman plante d'emblée l'ambiance, plutôt lourde et macabre. Charlotte Ellison, jeune fille de la bourgeoisie, découvre les crimes atroces commis dans sa rue-même dans les journaux, que son père lui interdit pourtant de lire. Mais d'un caractère indépendant et un peu rebelle, Charlotte cultive un esprit curieux. Lorsque la propre bonne de la famille est tuée à son tour, la famille rencontre l'inspecteur Pitt, venu enquêter. Les meurtres des 4 jeunes filles ne semblent avoir aucun lien entre eux. La piste du vagabond est vite écartée pour se concentrer sur celle d'un habitant de Cater Street. Le malaise s'installe peu à peu alors que chacun suspecte son voisin. Les femmes ne sortent plus seules et la peur s'instille très vite dans le quotidien...

Si l'intrigue policière est bien le moteur de l'intrigue, ce n'est pas ce qui fait tout le charme du roman. On devine même assez vite qui peut être le meurtrier, même si cela n'enlève rien au plaisir de la lecture. Tout le talent de l'auteure réside dans la description de la classe sociale à laquelle appartient Charlotte. Les visites, le cérémonial du thé, les œuvres de charité, et le dédain pour les inférieurs... Sa rencontre avec l'inspecteur Pitt ouvre à Charlotte une réalité qu'elle ignorait totalement. Déjà ouverte d'esprit, questionnant les règles très patriarcales et parfois absurdes du milieu auquel elle appartient, les dialogues où Charlotte s'exprime sont pleins d'ironie et d'intelligence.

L'enquête policière ajoute un contrepoint vraiment intéressant dans le sens où il questionne aussi la famille de Charlotte dans leurs principes. Incrédules à l'idée que le meurtrier puisse être une connaissance, et donc quelqu'un de bien élevé et policé, ils traitent avec rudesse l'inspecteur Pitt. Ses conclusions bouleversent le monde qu'ils connaissent, impliquant une nuance psychologique au crime commis, puisque le mobile matériel n'en est pas la cause. En cela c'est même plutôt rafraîchissant, pour les lecteurs du XXIème siècle que nous sommes, habitués, voire même blasés aujourd'hui, aux séries policières où les serial killer et les détraqués psychologiques sont légion.

Ce roman a vraiment été un bonheur à lire. L'atmosphère sombre nous fait ressentir toute l'épaisseur du brouillard anglais dans des rues sombres et humides. La façon dont interagissent les différents membres de la famille Ellison, leurs réactions au fur à mesure de l’enquête, l'évolution de leur façon de penser, est particulièrement bien décrite. Charlotte est une héroïne dont la rébellion contre les conventions est pleine de fraîcheur, et qui réussit à s'affranchir de son milieu conservateur. L'inspecteur Pitt est un personnage que l'on a hâte de connaître davantage, dans sa relation avec Charlotte, que l'on imagine pleine de tendresse, mais aussi de spontanéité et d'intelligence. Il s'en est fallu de peu que cette lecture soit un coup de coeur, c'est vous dire !

Cette série dite de Charlotte Ellison et Thomas Pitt compte aujourd'hui 30 tomes. J'ai donc largement de quoi lire dans les mois, voire années à venir, car je compte enchaîner avec la suite très vite !