journal-malgre-henry-k-larsen.jpgUn drame terrible a frappé Henry et sa famille. Continuer à subir les remarques, les regards, de leurs voisins dans une petite ville où tout le monde se connaît, oblige la famille à vendre leur maison. Alors que l'adolescent et son père déménagent dans un ridicule appartement une pièce + placard à Vancouver, sa mère, victime d'une grave dépression est internée en psychiatrie. Se reconstruire promet d'être difficile, surtout quand on a comme Henry du mal à se faire des amis, qu'on est petit, roux et un peu enveloppé. Et fan de catch. Bien qu'il soit fermement opposé à suivre ne serait-ce qu'un conseil de son thérapeute, lorsque celui-ci lui offre un cahier où coucher ses pensés, Henry finit par le faire, un peu malgré lui.

J'avais bien rigolé avec Dear George Clooney, tu veux pas épouser ma mère?. J'avais été charmée par Ambrose, roi du Scrabble. J'ai été bouleversée par Le journal malgré lui de Henry K.Larsen. Parce qu'en plus d'être une auteur de romans aux noms improbables, Susin Nielsen écrit des romans de plus en plus géniaux au fil des années. Car même si ses deux derniers romans étaient intelligents, drôles et touchants, ici c'est une émotion presque palpable qu'elle arrive à faire passer par le biais de ses personnages. Mais avec sa plume pince sans rire et loufoque, elle arrive toujours à nous faire rire, même en plein drame, par une réflexion bien placée.

Vous l'aurez compris Henry a vécu en drame. On l'apprends seulement vers la page 60, puis les détails suivent au fil des pages, comme l'adolescent cède petit à petit au chagrin, au poids des souvenirs et à la culpabilité. Et quelle révélation lorsque l'on sait, après les circonvolutions d'Henry pour aborder enfin le sujet ! Suite à ÇA, sa famille a volé en éclats, et Henry comme ses parents doivent apprendre à se reconstruire. Avec plus ou moins de succès. A travers le journal d'Henry, on suit son quotidien dans sa nouvelle vie, faite de voisins envahissants pleins de bonnes intentions ou pas, d'un psy has been à queue de cheval, de gros durs du collège sans merci pour les adolescents un peu à part, d'une bande de nerds se réunissant dans une salle de classe pour jouer à une sorte de Question pour un Champion.

Grâce à Susin Nielsen on fait la connaissance de personnes normales, cabossées par la vie ou par l'irruption d'un malheur atroce. Des personnes que l'on pourrait côtoyer tous les jours. C'est vous dire la justesse de ton qu'elle utilise, la finesse des sentiments qu'elle décrit. Et toujours en filigrane, l'humour, et l'espoir. Je suis vraiment séduite par la plume de cette auteure, qui a vraiment su m'émouvoir avec l'histoire d'Henry, l'histoire d'un adolescent qui ré-apprend à aimer la vie. Je ne peux que vous encourager à la découvrir, je suis sûre que vous ne pourrez pas rester insensibles...

Quelque chose me dit que Cecil n'est pas la crème de la crème des psychologues. Déjà, il est gratuit. (...) Son bureau est minuscule et encombré, avec des meubles bas de gamme, abîmés et tâchés. Et puis, on dirait qu'il n'a pas pu se payer de vêtements neufs depuis 1969. Nous n'avons pas encore parlé de ÇA. Il essaie de m'y amener l'air de rien. Il me pose parfois des questions orientées. Mais quand il le fait, je prends ma voix de robot pour lui répondre. «Je-ne-sais-pas. De-quoi-vous-parlez. Espèce-d'humanoïde.» Alors, il bat en retraite.