main_gauche_nuit.jpegSur Gethen, la planète glacée que les premiers hommes ont baptisée Hiver, il n'y a ni hommes ni femmes, seulement des êtres humains. Des androgynes qui, dans certaines circonstances, adoptent les caractères de l'un ou l'autre sexe. Les sociétés nombreuses qui se partagent Gethen portent toutes la marque de cette indifférenciation sexuelle. L'Envoyé venu de la Terre, qui passe pour un monstre aux yeux des Géthéniens, parviendra-t-il à leur faire entendre le message de l'Ekumen ? (Résumé de l'éditeur)

Je continue ma découverte du cycle de l'Ekumen, après ma petite déception sur Le monde de Rocannon. La main gauche de la nuit est le roman le plus connu du cycle, et plutôt bien primé : un Hugo et un Nebula ! Indépendant des autres romans au niveau de l'histoire, il est donc en théorie facile à prendre en route. Sauf qu'avec Ursula Le Guin, le lecteur est dépaysé dés les premiers chapitres, et doit bien s'accrocher. On retrouve pourtant bien l'organisation de l'Ekumen, dénominateur commun des romans du cycle, cherchant à créer une alliance pacifique, culturelle et commerciale entre les mondes. On suit dans ce roman Genly Aï, premier envoyé sur la planète Gethen pour tenter de négocier une alliance avec l'Ekumen. Mais sa mission ne sera pas si simple, car il va se heurter à des peuples très différents, à la fois entre eux et d'un point de vue Terrien, tant sur le plan de la religion, de la sociologie que de la biologie...

Gethen est une planète au climat plutôt hostile, rigoureux et glacial.Difficile pour un Terrien d'y vivre sans être en permanence frigorifié. Les Getheniens sont génétiquement très différents des autres humains. Ils sont d'un genre neutre, sauf durant une période d'activité sexuelle, appelée kemma, où ils deviennent homme ou femme, sans que ce rôle ne soit prédéterminé par eux. La virilité de l'envoyé leur pose donc problème, et est même vue comme un sommet de perversité. Difficile également pour Genly de se positionner avec sa personnalité d'homme, face à des personnalités à la fois masculines et féminines... A ces caractéristiques nouvelles pour le lecteur, s'ajoute un jeu diplomatique particulièrement difficile à suivre. J'ai mis un temps fou à comprendre les dialogues énigmatiques des personnages dans les premiers chapitres...

Mais passés les premiers moments d'étrangeté, l'auteure nous embarque complètement dans ce monde, où les civilisations sont très différentes les unes des autres. Le roman se partage d'ailleurs entre le récit de Genly, celui d'un gethenien, et des contes. L'action n'est pas vraiment au centre de l'histoire, des longueurs sont même à prévoir... Mais certains passages sont tellement forts, qu'ils me marqueront à coup sûr pendant longtemps. La fuite de plusieurs mois de Genly avec un gethenien sur un glacier, est particulièrement belle. Car encore une fois, ce que met en avant Ursula Le Guin dans ses romans, c'est l'aventure humaine, l'opposition de deux mondes, et pourtant, ce qui peut les rapprocher.

La main gauche de la nuit est un très beau roman, à la fois complexe et sensible. Ursula Le Guin a vraiment un don pour décrire des univers crédibles et profonds, sans manichéisme.